L'histoire de la Navigation
La mer est un univers étrange pour les hommes, et à la fois tellement passionnant. Depuis des millénaires, les civilisations proches du milieu marin ont voulu l'explorer, pour le goût du risque et de la connaissance, l'expansion géographique, politique et commerciale. Cette histoire est celle des navires et de leurs constructions, elle varie en fonction des régions, des besoins et s'attache à l'apprentissage dans l'art de naviguer. Mais comment en est-on arrivé la?
On ne sait pas à quand remontent les premières traces de navigations; des échantillons de pirogues ont été retrouvés de gisements néolithiques, ou encore ce bateau à voile découvert dans une tombe sumérienne (4000 ans av JC en Mésopotamie). Des débuts difficiles pour la conquête des océans, les vikings découvrirent l'Amérique du nord, les européens l'Asie et l'Afrique, sans nuls autres moyens de navigation qu'une corde à nœuds et au prix de nombreux naufrages. Force d'expérience certains savaient observer la position des astres ou encore l'aspect du ciel, la couleur, la saveur de l'eau, le comportement des animaux.
Mais retournons aux origines, les traces les plus significatives de navigation raisonnée sont hiéroglyphiques et donc égyptiennes (vers 2500 à 3000 ans av JC), avec des navires aux coques étroites rabattues sur les extrémités, des voiles carrées hissées aux mats rabattables, une vingtaine d'avirons et une direction assurée par une rame-gouvernail (dispositif qui sera utilisé pour s’orienter jusqu'au XIIIème siècle). De l'Egypte descendent les navires Phéniciens, Athéniens, plus en liens avec la guerre: leurs bateaux sont plus longs et mieux protégés. Les Romains développent leur flotte en créant des bateaux marchands à trois mats, et équipent leurs galères de catapultes. Les Scandinaves possèdent des navires de haute mer longs avec avirons et grande voile. ils sont bons marins mais leur science nautique était très pragmatique, ils n’avaient ni carte ni boussole et n’avaient idée de la rotondité de la terre, ils ne pouvaient donc pas s’orienter de manière systématique sur l’océan. Les chinois de leur coté inventèrent l'un des navires les plus solides : la Jonque, nous sommes alors au XIème siècle après JC.
C’est au Moyen Age que la conception du gouvernail d’étambot remplace la rame-gouvernail, les navires marchands font fréquemment une quinzaine de mètres avec tout autant d’avirons nécessitant chacun jusqu’à sept rameurs. Les navires de guerre faisant de 30 à 60 mètres (aussi dénommés galères) comptaient jusqu'à 20 avirons de chaque coté et étaient équipés de canons. Certains bâtiments comptaient jusqu’à 1200 membres d’équipage. C’est aussi à cette époque que le plus capital des
instruments de navigation apparaît : la boussole. L’utilisation d’une aiguille aimantée est avérée en méditerranée au XIème siècle, elle est ensuite fixée sur un axe, disposée sur une rose des vents au début divisée en 8 puis 16 et enfin en 32 Rhumbs, ensemble enfermé dans un habitacle suspendu. Mais la navigation reste laborieuse, les cartes sont imprécises, la dérive est calculée sans instrument avec l’expérience unique du marin.
A la fin du Moyen Age, les navires conçus coté atlantique perdent leurs avirons au profit de la voile. Seuls quelques pays méditerranéens les conservent car les vents tournants rendent la navigation à voile difficile. A cette période est établi un contact dans l’art de naviguer des différents peuples, les arabes utilisaient la rose azimutale sidérale et les asiatiques avaient une navigation astronomique (et possédaient probablement déjà l’aiguille aimantée). Ce qui permit une grande avancée des navires européens.
Des bateaux de grands noms font leur apparition. La caravelle équipée de 3 à 4 mats, utilisée par les espagnols et les portugais (découverte du continent américain par Christophe Colomb en 1492 à bord de la Santa maria). Grande avancée de la navigation astrale, premières notions de longitude et de latitude (sa position par rapport au soleil et à son zénith), on développe également les instruments et la documentation.
En Europe du nord on utilise le vaisseau de ligne de 4 ou 5 mats, les frégates ou encore les corvettes. C’est la course au gigantisme et à la conquête du monde entre les pays. Les bateaux se diversifient, ils doivent être rapides et connaissent de grandes améliorations de leurs voilures et leurs coques et jusqu'à leur apogée au XIXème siècle avec les bricks, les brigantins, les goélettes…
Il a fallut 3 siècles pour connaitre une navigation scientifique, permettant de soulever l’épineux problème de la position en mer. Il y eu le progrès des cartes, avec la projection des lignes de G.Mercator au XVIème siècle (l’écartement entre les lignes longitudinales qui croit avec la latitude) même si au départ elles restaient entachées d’erreurs. La création du premier loch (successeur de la fameuse corde à nœud) qui mesure la vitesse. L' invention miroir de l’octant et du sextant (toujours en usage de nos jours). La construction par l'Anglais John Harrison vers 1765 du premier chronomètre de marine fiable permet de faire facilement le point en mer, remplaçant avantageusement les méthodes astronomiques très lourdes et peu fiables utilisées jusqu'alors.

Et puis c’est l’avènement du bateau à vapeur, qui annonce alors le déclin de la voile. C’est Jouffroy d’Abbans qui en est le précurseur avec son Pyroscaphe en 1783. Les premiers bateaux à vapeur sont commercialisés en 1807 par R.Fulton. Mais leur utilisation est limitée, leur carburant lourd en place et chargement, ne permettant que de faibles trajets. Ce n’est qu'en 1838 que le Sirius traverse l’Atlantique. 1836 marque la découverte de l’hélice par le suédois John Ericsson et le britannique F.Pettit Smith, les moteurs ont alors évolués (moteur a double voir triple détente, moteur à turbine, …) et les coques sont en métal. La maîtrise de l’électricité permet des progrès fabuleux au XIX et XXème siècle: la compensation des compas faussés par les coques métalliques indique aujourd’hui non plus le nord magnétique mais le nord vrai, des lochs et des chronomètres éclectiques précis, la communication hertzienne. Aujourd’hui les bateaux sont pour la plupart équipés de moteur diesel ou nucléaire pour les bâtiments militaires, sans oublier les bateaux flottant tels que les Aéroglisseurs. Des règles et des codes sont créés et imposés (bouées de marquage, identification des phares, etc…) et la sécurité devient de mise.
Des siècles se sont écoulés avant que l'art de la navigation et de la construction navale atteigne le stade scientifique actuel. Savoir naviguer exige compétence technique, mais aussi connaissance du milieu marin et de ses lois qui semblent parfois irrationnelles. Le facteur humain reste présent et l'expérience y a toujours sa place.
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